CO129-214 - Public Offices & Others - 1883 — Page 246

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eût lieu déjà car la question était de minime importance, tandis qu'elle commence à prendre corps, à devenir quelque chose et qu'elle vient d'atteindre un degré d'accuité assez grand pour qu'il y ait urgence d'en finir.

Il y va bien réellement aujourd'hui de notre influence et de notre prestige dans l'extrême Orient, de nos intérêts de toute nature, de notre belle colonie de Cochinchine, de notre avenir colonial lui-même; il y va même de notre dignité et de notre honneur.

Examinant la situation, le principal journal anglais de Shanghaï, le North China Daily News, s'exprime dans des termes qu'il peut être utile de rappeler :

«En fait, dit-il, les Français ne paraissent pas avoir pris l'attitude énergique qu'ils sont aujourd'hui forcés de prendre. S'ils avaient, dès le début, adopté des mesures radicales, fait une démonstration plus considérable, il est probable qu'ils ne se seraient jamais trouvés dans l'embarras où ils sont maintenant. Mais il n'est pas trop tard pour frapper un coup décisif, tandis qu'il est beaucoup trop tard, soit pour se retirer, soit pour continuer une politique oscillante.

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Cette appréciation n'est pas suspecte et tous ceux qui ont vu de près les choses reconnaîtront qu'elle est absolument juste.

Au commencement de 1880, lors du premier Ministère de M. de Freycinet, il parut que le Gouvernement français allait enfin agir vigoureusement. De toutes parts on réclamait une solution. La presse locale, les journaux français ou anglais de Cochinchine, de Hong-Kong, de Shanghai ou d'Yokohama, applaudissaient à une décision qu'ils avaient appelée de tous leurs vœux, et dont ils avaient énergiquement soutenu la nécessité. La population française de Cochinchine avait signalé, dans deux pétitions adressées au Parlement, l'urgence qu'il y avait à en finir bien vite avec une question aussi simple.

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N° 1889

La presse métropolitaine, de son côté, consacrait à la question du Tonkin, des études plus ou moins longues et exerçait sur l'opinion et sur le Gouvernement cette influence à laquelle elle a droit. Le mouvement qui se fit à cette époque fut tel qu'à partir de ce moment il put rester des contradicteurs, mais il n'y eut plus d'indifférents.

En 1879, la question fut portée devant la Commission supérieure des colonies et, au mois de juin de cette même année, une lettre rendue publique soumettait au Ministre un résumé des puissantes raisons qu'il y avait d'agir sans délai. L'importance de la question ne faisait plus doute pour personne.

L'amiral Dupré, lorsqu'il était gouverneur de la Cochinchine, avait, au commencement de 1873, insisté avec une vivacité et une ténacité remarquables sur la nécessité d'en finir et sur la facilité qu'il y avait à le faire, sans demander à la métropole aucun sacrifice d'hommes ou d'argent. Sa correspondance ne pouvait être inconnue du Ministre; elle était dans ses archives, des journaux de Saigon en avaient publié d'importants extraits.

Le rapport sur la pétition de M. Dupuis la fit connaître avec plus de détails et révéla des circonstances presque ignorées jusqu'à ce moment qui se rattachent à la glorieuse épopée de Francis Garnier et de Jean Dupuis.

On savait désormais en France qu'il existait dans cet extrême Orient aux fantastiques légendes un pays de plus de dix millions d'âmes, qui gémissait sous le joug d'une barbare oppression, qui souffrait impuissant et misérable, malgré les inépuisables richesses d'un sol favorisé. On savait que ce peuple, avide de délivrance, s'était donné à un Français, Dupuis, qui eût pu, avec les seules ressources dont il disposait, affranchir le Tonkin; on savait qu'il avait acclamé, salué comme un libérateur et accepté comme chef un officier français, qui se présentait avec une centaine d'hommes. On déplorait la détestable politique qui avait suivi, politique d'abandon, reculade incompréhensible, dont l'effet a été de

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2 eût lieu déjà car la question était de minime importance, tandis qu'elle commence à prendre corps, à devenir quelque chose et qu'elle vient d'atteindre un degré d'accuité assez grand pour qu'il y ait urgence d'en finir. Il y va bien réellement aujourd'hui de notre influence et de notre prestige dans l'extrême Orient, de nos intérêts de toute nature, de notre belle colonie de Cochinchine, de notre avenir colonial lui-même; il y va même de notre dignité et de notre honneur. Examinant la situation, le principal journal anglais de Shanghaï, le North China Daily News, s'exprime dans des termes qu'il peut être utile de rappeler : «En fait, dit-il, les Français ne paraissent pas avoir pris l'attitude énergique qu'ils sont aujourd'hui forcés de prendre. S'ils avaient, dès le début, adopté des mesures radicales, fait une démonstration plus considérable, il est probable qu'ils ne se seraient jamais trouvés dans l'embarras ils sont maintenant. Mais il n'est pas trop tard pour frapper un coup décisif, tandis qu'il est beaucoup trop tard, soit pour se retirer, soit pour continuer une politique oscillante. 1 Cette appréciation n'est pas suspecte et tous ceux qui ont vu de près les choses reconnaîtront qu'elle est absolument juste. Au commencement de 1880, lors du premier Ministère de M. de Freycinet, il parut que le Gouvernement français allait enfin agir vigoureusement. De toutes parts on réclamait une solution. La presse locale, les journaux français ou anglais de Cochinchine, de Hong-Kong, de Shanghai ou d'Yokohama, applaudissaient à une décision qu'ils avaient appelée de tous leurs vœux, et dont ils avaient énergiquement soutenu la nécessité. La population française de Cochinchine avait signalé, dans deux pétitions adressées au Parlement, l'urgence qu'il y avait à en finir bien vite avec une question aussi simple. 3 1889 La presse métropolitaine, de son côté, consacrait à la question du Tonkin, des études plus ou moins longues et exerçait sur l'opinion et sur le Gouvernement cette influence à laquelle elle a droit. Le mouvement qui se fit à cette époque fut tel qu'à partir de ce moment il put rester des contradicteurs, mais il n'y eut plus d'indifférents. En 1879, la question fut portée devant la Commission supérieure des colonies et, au mois de juin de cette même année, une lettre rendue publique soumettait au Ministre un résumé des puissantes raisons qu'il y avait d'agir sans délai. L'importance de la question ne faisait plus doute pour personne. L'amiral Dupré, lorsqu'il était gouverneur de la Cochinchine, avait, au commencement de 1873, insisté avec une vivacité et une ténacité remarquables sur la nécessité d'en finir et sur la facilité qu'il y avait à le faire, sans demander à la métropole aucun sacrifice d'hommes ou d'argent. Sa correspondance ne pouvait être inconnue du Ministre; elle était dans ses archives, des journaux de Saigon en avaient publié d'importants extraits. Le rapport sur la pétition de M. Dupuis la fit connaître avec plus de détails et révéla des circonstances presque ignorées jusqu'à ce moment qui se rattachent à la glorieuse épopée de Francis Garnier et de Jean Dupuis. On savait désormais en France qu'il existait dans cet extrême Orient aux fantastiques légendes un pays de plus de dix millions d'âmes, qui gémissait sous le joug d'une barbare oppression, qui souffrait impuissant et misérable, malgré les inépuisables richesses d'un sol favorisé. On savait que ce peuple, avide de délivrance, s'était donné à un Français, Dupuis, qui eût pu, avec les seules ressources dont il disposait, affranchir le Tonkin; on savait qu'il avait acclamé, salué comme un libérateur et accepté comme chef un officier français, qui se présentait avec une centaine d'hommes. On déplorait la détestable politique qui avait suivi, politique d'abandon, reculade incompréhensible, dont l'effet a été de 242
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2 eût lieu déjà car la question était de minime] importance, tandis qu'elle commence à prendre corps, à devenir quelque chose et qu'elle vient d'atteindre un degré d'accuité assez grand pour qu'il y ait urgence d'en finir. Il y va bien réellement aujourd'hui de notre influence et de notre prestige dans l'extrême Orient, de nos intérêts de toute nature, de notre belle colonie de Cochinchine, de notre avenir colonial lui-même; il y va même de notre dignité et de notre honneur. Examinant la situation, le principal journal anglais de Shanghaï, le North China Daily News, s'exprime dans des termes qu'il peut être utile de rappeler : «En fait, dit-il, les Français ne paraissent pas avoir pris l'attitude énergique qu'ils sont aujourd'hui forcés de prendre. S'ils avaient, dès le début, adopté des mesures radicales, fait une démonstration plus considérable, il est probable qu'ils ne se seraient jamais trouvés dans l'embarras ils sont maintenant. Mais il n'est pas trop tard pour frapper un coup décisif, tandis qu'il est beaucoup trop tard, soit pour se re- tirer, soit pour continuer une politique oscillante. 1 Cette appréciation n'est pas suspecte et tous ceux qui ont vu de près les choses reconnaîtront qu'elle est absolument juste. Au commencement de 1880, lors du premier Ministère de M. de Freycinet, il parut que le Gouvernement français allait enfin agir vigoureusement. De toutes parts on réclamait une solution. La presse locale, les journaux français ou anglais de Cochinchine, de Hong-Kong, de Shanghai ou d'Yokohama, applaudissaient à une décision qu'ils avaient appelée de tous leurs vœux, et dont ils avaient énergiquement soutenu la né- cessité. La population française de Cochinchine avait signalé, dans deux pétitions adressées au Parlement, l'urgence qu'il qu'il y avait a en finir bien vite avec une question aussi simple. 3 1889 La presse métropolitaine, de son côté, consacrait à la question du Tonkin, des études plus ou moins longues et exerçait sur l'opinion et sur le Gouvernement cette influence à laquelle elle a droit. Le mouvement qui se fit à cette épo- que fut tel qu'à partir de ce moment il put rester des contra- dicteurs, mais il n'y eut plus d'indifférents. En 1879, la question fut portée devant la Commission su- périeure des colonies et, au mois de juin de cette même année, une lettre rendue publique soumettait au Ministre un résumé des puissantes raisons qu'il y avait d'agir sans délai. L'importance de la question ne faisait plus doute pour personne. L'amiral Dupré, lorsqu'il était gouverneur de la Cochin- chine, avait, au commencement de 1873, insisté avec une vi- vacité et une ténacité remarquables sur la nécessité d'en finir et sur la facilité qu'il y avait à le faire, sans demander la métropole aucun sacrifice d'hommes ou d'argent. Sa correspondance ne pouvait être inconnue du Ministre; elle était dans ses archives, des journaux de Saigon en avaient publié d'importants extraits. Le rapport sur la pétition de M. Dupuis la fit connaître avec plus de détails et révéla des circonstances presque igno- rées jusqu'à ce moment qui se rattachent à la glorieuse épopée de Francis Garnier et de Jean Dupuis. On savait désormais en France qu'il existait dans cet extrême Orient aux fantastiques légendes un pays de plus de- dix millions d'âmes, qui gémissait sous le joug d'une barbare oppression, qui souffrait impuissant et misérable, malgré les inépuisables richesses d'un sol favorisé. On savait que co peuple, avide de délivrance, s'était donné à un Français, Du- puis, qui eût pu, avec les seules ressources dont il disposait, affranchir le Tonkin; on savait qu'il avait acclamé, salué comme un libérateur et accepté comme chef un officier fran- çais, qui se présentait avec une centaine d'hommes. On dé- plorait la détestable politique qui avait suivi, politique d'abandon, reculade incompréhensible, dont l'effet a été de 242
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Il y va bien réellement aujourd'hui de notre influence et de notre prestige dans l'extrême Orient, de nos intérêts de toute nature, de notre belle colonie de Cochinchine, de notre avenir colonial lui-même; il y va même de notre dignité et de notre honneur.

Examinant la situation, le principal journal anglais de Shanghaï, le North China Daily News, s'exprime dans des termes qu'il peut être utile de rappeler :

«En fait, dit-il, les Français ne paraissent pas avoir pris l'attitude énergique qu'ils sont aujourd'hui forcés de prendre. S'ils avaient, dès le début, adopté des mesures radicales, fait une démonstration plus considérable, il est probable qu'ils ne se seraient jamais trouvés dans l'embarras où ils sont maintenant. Mais il n'est pas trop tard pour frapper un coup décisif, tandis qu'il est beaucoup trop tard, soit pour se re- tirer, soit pour continuer une politique oscillante.

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Cette appréciation n'est pas suspecte et tous ceux qui ont vu de près les choses reconnaîtront qu'elle est absolument juste.

Au commencement de 1880, lors du premier Ministère de M. de Freycinet, il parut que le Gouvernement français allait enfin agir vigoureusement. De toutes parts on réclamait une solution. La presse locale, les journaux français ou anglais de Cochinchine, de Hong-Kong, de Shanghai ou d'Yokohama, applaudissaient à une décision qu'ils avaient appelée de tous leurs vœux, et dont ils avaient énergiquement soutenu la né- cessité. La population française de Cochinchine avait signalé, dans deux pétitions adressées au Parlement, l'urgence qu'il qu'il y avait a en finir bien vite avec une question aussi simple.

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N° 1889

La presse métropolitaine, de son côté, consacrait à la question du Tonkin, des études plus ou moins longues et exerçait sur l'opinion et sur le Gouvernement cette influence à laquelle elle a droit. Le mouvement qui se fit à cette épo- que fut tel qu'à partir de ce moment il put rester des contra- dicteurs, mais il n'y eut plus d'indifférents.

En 1879, la question fut portée devant la Commission su- périeure des colonies et, au mois de juin de cette même année, une lettre rendue publique soumettait au Ministre un résumé des puissantes raisons qu'il y avait d'agir sans délai. L'importance de la question ne faisait plus doute pour

personne.

L'amiral Dupré, lorsqu'il était gouverneur de la Cochin- chine, avait, au commencement de 1873, insisté avec une vi- vacité et une ténacité remarquables sur la nécessité d'en finir et sur la facilité qu'il y avait à le faire, sans demander la métropole aucun sacrifice d'hommes ou d'argent. Sa correspondance ne pouvait être inconnue du Ministre; elle était dans ses archives, des journaux de Saigon en avaient publié d'importants extraits.

Le rapport sur la pétition de M. Dupuis la fit connaître avec plus de détails et révéla des circonstances presque igno- rées jusqu'à ce moment qui se rattachent à la glorieuse épopée de Francis Garnier et de Jean Dupuis.

On savait désormais en France qu'il existait dans cet extrême Orient aux fantastiques légendes un pays de plus de- dix millions d'âmes, qui gémissait sous le joug d'une barbare oppression, qui souffrait impuissant et misérable, malgré les inépuisables richesses d'un sol favorisé. On savait que co peuple, avide de délivrance, s'était donné à un Français, Du- puis, qui eût pu, avec les seules ressources dont il disposait, affranchir le Tonkin; on savait qu'il avait acclamé, salué comme un libérateur et accepté comme chef un officier fran- çais, qui se présentait avec une centaine d'hommes. On dé- plorait la détestable politique qui avait suivi, politique d'abandon, reculade incompréhensible, dont l'effet a été de

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